30.11.2009

Dieu versus Darwin

J'ai eu l'occasion de suivre un cours donné au Centre de Formation de l'évêché de Liège sous forme de cinq conférences.

Voici les notes que j'en ai recueillies.

La création : Dieu versus Darwin?

par Marcel BASTIN et JoëI SPRONCK

« Le mystère du commencement de toutes choses est insoluble pour nous »

Charles Darwin, Autobiographie

Introduction

Année 2009: un double anniversaire!

  • 200 ans de la naissance du célèbre naturaliste anglais Charles Darwin
  • 150 ans de la publication de son ouvrage sur L'origine des espèces.

 

MichelAngeAdamSixtine.jpgDes questions:

  • Comment interpréter les récits de création dans la Genèse?
  • Les chrétiens sont-ils des « créationnistes » ?
  • Une vision évolutive du monde et de l'homme autorise-t-elle à croire encore en un Dieu « créateur du ciel et de la terre »?
  • Quel est le sens et la pertinence de cet article de foi?

 

Déroulement du cours

1. Lundi 19/10 (MB). La création dans les récits de la Genèse (Gn 1 -2)

La Genèse raconte la création. D'autres récits, appelés cosmogonies, le font également. L'exemple choisit pour ce premier jour est un poème Babylonien. Les cosmogonies exposent la genèse d'un monde. Elles cherchent à répondre aux questions de l'homme sur l'origine des choses. Avec la création, on passe du chaos à l'ordre. Mais Dieu semble ne pas vouloir occuper toute la place. Il n'élimine pas les eaux, qui représentent les forces hostiles, mais il les repousse.

Le récit de la création de l'homme montre un Dieu qui cherche quelqu'un qui s'attellerait au même projet que lui. Cette attitude se prolonge quand il choisit Abraham, Jacob, Moïse.

 

2. Lundi 26/10 (MB). La création à travers la Bible.

La soirée est consacrée à la lecture commentée de quelques passages de l'Ancien et du Nouveau Testament.

Dans le prophète Isaïe, on peut voir Dieu, toujours animé par la volonté d'établir l'ordre sur la terre qu'il a faite, se servir même de ses ennemis (Cyrus, prend Babylone en -539) pour aider à la reconstruction de Jérusalem. (Isaïe 44,24-27 et 45,11-13).

La bible est parsemée d'allusions à la création ainsi dans les proverbes 8, 22-31 où est décrite la Sagesse créatrice ; dans le livre de Job (4, 7-9 et 38, 8-11) à qui Dieu rappelle qu'il était seul au commencement pour aménager la terre ; dans le livre des Maccabées où apparaît pour la première fois l'idée que Dieu a tout fait de rien (ex nihilo)

Enfin l'épître aux Colossiens 1, 15-20 présentent Dieu, Père et Fils créant les êtres visibles et invisibles dans le but de tout réconcilier et d'établir la paix universelle. Depuis la Genèse jusqu'à ce texte, il y a eu la rencontre de la pensée grecque et l'expérience des apôtres.

Vous pouvez trouver les références bibliques sur AELF

3. Lundi 9/11 (JS). Darwin et la religion.

Une bibliographie est remise qui sera utile dans les trois jours suivants.

a. Itinéraire religieux personnel de Darwin

Darwin est né à Shrewbury en 1809. Il a fait un voyage autour du monde de 1831 à 1836 en tant que naturaliste. Il s'est arrêté longuement aux îles Galapagos. En 1859 il édite « L'origine des espèces ». Il était pressé parce que Wallace allait publier des idées similaires.

Il décède en 1889. On trouve sa biographie très détaillée sur Internet.

 

b. Nouveauté Darwinienne

La théorie de l'évolution de Darwin est basée sur trois grands principes.

  • D'abord, l'enchaînement des espèces s'organise comme une généalogie.
  • Ensuite il y a une sélection naturelle du plus adapté quand des mutations dues au hasard se produisent.
  • Enfin il y a une gradualité dans l'apparition des espèces. La nature ne fait pas de saut.

c. Evolution de la théorie

Aux années 1900, le phénomène de la mutation est intégré aux découvertes de Mendel et les apports de la génétique sont intégrés à la théorie de l'évolution.

Entre 1950 et 1960, suite aux travaux de biologie moléculaire, apparaît la théorie synthétique de l'évolution. ou Néodarwinisme.

En 1970 Motoo Kimura développe la théorie neutraliste de l'évolution, qui observe que certaines mutations au niveau moléculaire ont lieu sans changement d'espère et sans sélection.

En 1972, certains scientifiques (Stephen Jay Gould et Niles Eldredge) avancent l'hypothèse des équilibres ponctués qui met en évidence certains sauts dans l'évolution nuançant ainsi le principe de gradualité.

De nombreuses discussions et controverses avaient été nécessaires pour arriver à ce point et de nouveaux développements sont encore attendus.

 

d. Réception religieuse de la théorie de Darwin

La théorie a suscité de nombreux débats. Le plus connu est le débat d'Oxford le 30 juin 1860 où Darwin est défendu par Thomas Henry Huxley. La théorie est en effet perçue comme contraire à la religion.

Au XXème siècle il y aura des tentatives de conciliation. Le chanoine de Dorlodot, bien au fait de la biologie de son époque et fort de ses connaissances des Pères de l'Eglise, publie en 1918 un ouvrage intitulé "Le Darwinisme au point de vue de l'orthodoxie catholique".

En 1950, Pie XII publie "Humani generis", consacrée au danger du relativisme dans la recherche scientifique. On y trouve une incise abrupte sur l'intervention directe de Dieu à la naissance de l'homme. "- car la foi catholique nous ordonne de maintenir la création immédiate des âmes par Dieu -"

En 1965, Vatican II énonce qu'Adam est une appellation générique de l'homme.

En 1996 Jean-Paul II reconnaît que la théorie de l'évolution (ou plutôt "les théories" !) ne sont pas incompatibles avec la foi chrétienne.

Petite histoire liégeoise : Charles Darwin et Edouard Van Beneden racontée par Lily Portugaels dans la Gazette de Liège de janvier 2009. L'institut de biologie se trouve juste en face de l'évêché !

 

4. Lundi 16/11 (JS). Des positions problématiques

DVD evolution.jpg

La soirée a principalement été consacrée à visionner la séquence d'un DVD éducatif réalisé par le Centre Interfaces des FUNDP, dont les références sont dans la bibliographie ou sur internet : L'évolution dévoilée. Quand sciences et sens se rencontrent

 

a. Le darwinisme social de H. Spencer

La sélection du plus fort appliquée aux luttes des hommes a conduit à des exagérations telles que l'eugénisme et d'autres déformations de la société.

b. Les courants créationnistes

A leur apparition, les créationnistes maintenaient que la terre avait 6.000 ans et que l'homme avait été formé par Dieu indépendamment des autres espèces. Ils ont beaucoup évolué depuis. Ils proviennent principalement d'églises protestantes d'Amérique. Actuellement le front des créationnistes s'élargit, il touche des milieux musulmans. (Harun Yahya, Louvain 177 p 31)

c. Le courant de l'Intelligent Design

Il s'agit en gros de la version la plus récente du créationnisme. (Louvain 177 pp 30 et  33)

d. La synthèse de P. Teilhard de Chardin

... son vrai génie fut de se placer à la croisée des chemins « enfant de la Terre et enfant du Ciel » comme il aimait se définir. Il a enthousiasmé son époque, mais malheureusement des expressions hasardeuses en ont limité l'impact.

En résumé :

.. La théorie de l'évolution saperait les valeurs les plus hautes en soutenant que l'humanité provient d'une espèce animale inférieure. La théorie serait donc aux mains de dangereux matérialistes athées.

Malheureusement un certain nombre de scientifiques leur donnent raison lorsqu'ils établissent un lien nécessaire entre l'athéisme méthodologique de la science - qui en effet n'a à connaître que des causes physiques observables - et l'athéisme métaphysique qui, lui, n'a rien à voir avec la science mais relève des convictions de chacun.

Créationnistes et matérialistes scientifiques ont en effet en commun une conception pré moderne de la vérité qui transgresse la nécessaire distinction entre l'ordre du savoir scientifique et l'ordre des convictions. Ils ont également en commun l'idée d'un "Dieu bouche-trou".

Le théologien ne peut qu'en déplorer la pauvreté, si éloignée de la richesse du Dieu biblique. Ce dernier n'échappe-t-il pas au fixisme des idoles de la représentation en prenant le risque de créer un cosmos pourvu d'autonomie et de créativité, en perpétuelle évolution ?

Cette citation se trouve dans la colonne de gauche de la revue Louvain 177 p 31.

 

5. Lundi 23/11 (JS): Sciences et foi, évolution et création.

Quelques points d'articulation et de dialogue: Science - foi

« Sans confusion et sans séparation » (Phrase du concile de Chalcédoine)

Quatre figures possibles de rapport et de séparation

  1. Conflit et exclusion : il n'y a  pas de dialogue possible entre foi et science
  2. Séparation et indépendance. C'est le discordisme. Il y a ici un risque de double vérité.
  3. Confusion des niveaux. C'est le "concordisme". IL est connu depuis très longtemps et on peut voir saint Augustin  réagissant déjà à son époque contre cet état d'esprit.
  4. Dialogue critique des différents types de savoir et de vérité. Dans ce cas de figure il est possible de parler de résonance, consonance, connivence entre la science et la foi.

Cette dernière attitude sera adoptée pour la suite de l'articulation science - foi.

 

Explication et signification

  1. La science est au niveau de l'explication. Elle part toujours de quelque chose qui préexiste et donne des indications sur son évolution. Ainsi décrit-elle l'expansion de l'univers, l'évolution vers la cellule vivante, l'évolution des vivants, l'hominisation.
  2. La philosophie et la théologie donnent la signification de l'existant. Leurs discours sont herméneutiques. Elles visent à définir la spécificité de l'homme, son histoire, ses inventions, ...

Interprétation de la notion de création

Il faut faire une distinction entre commencement et origine. (Voir les textes de synthèse )

  1. Interprétation biblique

Pour la bible, la création est une œuvre de salut. Elle n'est pas sensible au fait qu'elle part de rien ou d'un désordre existant : le chaos. Elle présente Dieu menant un combat contre les forces hostiles représentées par l'eau. L'Apocalypse dira d'ailleurs que dans le ciel nouveau et la terre nouvelle « ... de mer il n'y en a plus » signifiant par là que l'ordre est complètement établi.

  1. Relecture de la création par la pensée grecque

En suivant cette pensée, la création est le don de l'être à quelque chose qui n'existait pas. On peut trouver quelques allusions à cette conviction dans la bible. Au livre deux des Maccabées  au chapitre 7, verset 28, on trouve l'expression « ex nihilo » ; les Actes de Apôtres, au chapitre 17, verset 24-25, saint Paul, dans son discours à l'aréopage parle de Dieu qui donne la vie, le mouvement et l'être. Dans la lettre aux Romains, Paul parle aussi de Dieu qui fait vivre les morts et appelle à l'existence ce qui n'est pas.

Saint Thomas dit que la création est une relation de type métaphysique par laquelle Dieu pose dans l'être un monde différent de lui et l'y maintient.

 

Un monde inachevé et autonome

 

Il y a une altérité entre Dieu et le monde Il y a place pour la nouveauté, le hasard, l'invention. La finalité n'est pas dans l'événement, mais dans la lecture que l'on en fait. Elle n'est pas dans les mécanismes utilisés par la nature, mais dans l'usage que l'on en fait.

 

L'homme créé à l'image de Dieu

 

L'homme est à l'image de Dieu en ce sens qu'il est capable de don, capable de relation.

Il y a ici une résonance avec la théorie de l'évolution. Pour Darwin, l'homme est le seul capable de mettre une barrière à la lutte pour la survie et de développer un réseau de solidarité avec les plus faibles. Les découvertes modernes semblent cependant déjà trouver cela chez les animaux. Le propre de l'homme serait alors qu'il est capable de donner sa vie pour que le groupe survive. Mais ceci aussi se trouve chez les animaux.

Les dernières idées qui ont été exprimées à ce sujet peuvent, pour le moment, se résumer comme suit : le propre de l'homme est sa capacité de mettre en danger sa vie et la vie de son groupe pour que survive l'humanité. Ce que Eric Charmetant appelle l' "utrasocialité".

 

C'est le point final et le moment de rappeler la phrase mise en exergue de ces journées :

« Le mystère du commencement de toutes choses est insoluble pour nous »

 

14.02.2009

Palestine, l’heure de vérité par Leila SHAHID

Palestine.jpgMme la Ministre Simonet présente l’oratrice. Elles se sont connues dans l’organisation de l’exposition Masarat-Palestine. Aussi retrace-t-elle brièvement son histoire. Au passage, elle rappelle cette phrase de Freud à Einstein en 1932 : « … le développement culturel travaille toujours contre la guerre … » (de mémoire)

Leila SHAHID parle d’abord de l’affrontement récent qui fut une guerre en directe. Elle ne veut pas en parler sous forme de chiffre, mais elle tient à donner des noms pour donner un tour de proximité à cette terrible guerre. Ainsi elle raconte en quelques mots l’histoire des enfants qui sont soignés en Belgique. Elle raconte l’histoire de trois d’entre eux. Un garçon qui, impatient, est sorti dans la rue et a reçu un éclat d’obus provenant d’un avion israélien. Viennent ensuite l’histoire de deux fillettes qui ont perdus quasi toute leur famille.

Ensuite elle se met à la place de l’auditoire pour poser les questions qu’elle sait qu’il a envie de poser.

Q1 Pourquoi le Hamas a-t-il rompu la trêve ?

R En fait, la trêve avait été rompue au début novembre par une incursion des militaires israéliens.

Q2 Pourquoi lancer des rockets sur le Sud d’Israël ?

R La trêve devait comporter la levée du blocus de la bande de Gaza, Mais ce blocus n’avait jamais été levé.

Q3 Pourquoi le Hamas s’abrite derrière des boucliers humains ?

R Le territoire est tellement petit qu’il n’y a pas moyen de séparer clairement l’organisation militaire du reste de la population.

Leila SHAHID n’adopte cependant pas toutes les positions du Hamas. Elle est contre l’envoi de rockets qui visent délibérément des civils. Au cours de son allocution, elle cite au moins dix fois le nom de son patron Mahmoud Abbas. En 2001, l’apparition du terrorisme de Ben Laden a fait du tort à la cause des Palestiniens, en favorisant un amalgame entre eux et les Palestiniens.

P territoires.jpgElle comprend les sentiments des Israéliens qui ont peur suite à l’extermination de la Shoah. Mais elle pense que l’Etat joue sur cette peur pour obtenir des appuis dans la population. A l’aide de cartes, elle montre comment Israël est occupé à rétrécir le territoire palestinien. Elle qualifie cette attitude de déni de droit d’exister de la part d’Israël à l’égard des Palestiniens. L’Europe est intervenue dans le partage initial et ne peut pas rester inactive devant cela. Elle se demande pourquoi le monde accorde-t-il une telle impunité à Israël ? (Vous pouvez voir cette carte sur le site France-Palestine)

L’avenir à court terme est l’organisation des élections en Israël. L’enjeu pour les Palestiniens est de reconstruire l’unité du tissu social des Palestiniens et organiser des élections nationales.

 

Il est possible de trouver de nombreuses images sur le Net.

19.01.2009

Défis pour l’Eglise au XXIème siècle

Danneels__5545.jpgConférence du Cardinal Danneels

L’Eglise est en crise.

Oui, bien sûr, elle est en crise depuis sa fondation et elle subit le sort de son fondateur : Le Christ a affirmé qu’il était Fils de Dieu, l’Eglise le répète et beaucoup cherchent à l’éliminer.

Deux images apparaissant pour parler des espoirs qui côtoient les revers. « La prairie est jaunie mais on y voit des touffes d’herbes vertes » et « Quand un nuage passe devant le soleil, il a souvent une frange lumineuse ».

C’est sur ce fond de sérénité que va se dérouler la conférence. Le ton sur lequel s’exprime le cardinal va encore renfoncer de bout en bout cette impression.

Défi de la foi.

La cité chrétienne n’existe plus. Cependant notre temps pose à l’Eglise les vraies questions. Celles-ci forcent les chrétiens à mieux exprimer leur foi, à préciser l’interprétation de la Bible.

C’est un problème de transmettre la foi en un Dieu invisible. L’homme moderne a des difficultés à appréhender la réalité du monde invisible. Auparavant, cela allait de soi, mais depuis l’affaire Galilée et les Lumières, l’homme ne comprend plus que ce qu’il touche ou ce qu’il voit.

Défi de l’environnement.

La société pluriculturelle entraîne de nouveaux mélanges. Il faut rencontrer le voisinage des sectes, des autres religions : Islam, les religions orientales notamment le Bouddhisme. Et les relations avec ces nouveaux voisins ne sont ni évidentes ni faciles.

Tout en étant bon voisin, tolérant avec toutes les convictions, le chrétien doit présenter le Christ comme unique médiateur. Affirmation qui est présente dans Vatican II et qui a été reprise dans le document « Dominus Jesus ». Mais la conviction ambiante la plus fréquente est que toutes les religions sont bonnes.

Défi des conceptions contemporaines.

Foi et raison : il y a une vérité accessible par la foi et la raison. L’Eglise en est convaincue, elle qui, depuis bien longtemps, a fondé plusieurs universités. Mais cette vérité n’est pas faite que de quantitatif, aspect auquel se limite souvent l’homme de science.

Vérité et liberté : dans la morale et les nombreuses questions qu’elle suscite, il y a une conception de l’homme qu’il ne faut pas manipuler. La liberté sans aucune entrave est une illusion de l’homme contemporain. Elle ne conduit par toujours au bonheur, mais souvent à un monde vide de sens. Ceci explique peut-être tant de suicides de jeunes.

Défi dans les relations avec l’Etat

Fossé grandissant entre la vie organisée par l’Etat et les conceptions des citoyens. La loi semble de plus en plus le résultat d’intérêts divergents sans consensus sur un fondement. Or il y a nécessité d’avoir des valeurs fondamentales, principalement dans l’éducation de l’école maternelle à l’université.

On voudrait que l’Eglise ne parle pas devant tous. Mais elle n’est pas seulement la vie privée des croyants, elle pousse à des œuvres, à des associations, à des communautés visibles, à des gestes publics.

En finale,

En faisant face à tous ces défis, l’Eglise est, dans le monde moderne, un lieu d’espérance dans une société si souvent dépressive.

 

Le propos de cette note n’est pas ici de faire le résumé complet de cette conférence qui était très dense et très touffue mais simplement de citer les plus importants thèmes abordés. Il sera d’ailleurs possible de se procurer le DVD de la soirée. Les renseignements peuvent être obtenus sur le site des Grandes Conférences Liégeoises

08.12.2008

Multiculturalisme, un gadget ou une réalité ?

Tahar Ben Jelloun

 

Le 27 novembre, c’était la conférence de l’écrivain marocain. Mais est-ce bien un conférencier que nous avons écouté, ou simplement un homme, un conteur.

Après avoir attentivement écouté les mots d’accueil, il s’est mis a improvisé un bon quart d’heure sur les mots du présentateur. Il en est venu à son exposé.

L’image la plus saisissante pour illustrer son exposé est l’invitation qu’il avait reçue à participer à l’inauguration d’un musée d’art islamique au Qatar. En arrivant, il se trouve devant des buildings immenses qui semble lui dire qu’il est devant un monde moderne qui n’a rien à voir avec l’islam. Puis il apprend que l’architecte est un américain d’origine chinoise. Celui-ci, pour s’imprégner de la culture musulmane, s’est rendu au Caire pour visiter la splendide mosquée Ibn Tulun et s’en inspirer.

Ainsi, en seul événement se mêlait l’Occident, l’Asie, l’islam. « C’est cela le multiculturalisme, il n’y a pas besoin de le vouloir, il est là devant nous. Il faut vivre avec.»

Ainsi au fil de nombreuses anecdotes défilent devant nous les souffrances, les craintes et les espérances des hommes.

Par un côté, cet homme représente tous les hommes, il les a racontés dans ses romans. Prenez la pêine de vous rendre sur son site.

En conclusion, lisez ses romans, et lisez ou relisez « Le racisme raconté à ma fille ».

18.10.2008

Se transformer soi-même pour mieux transformer le monde

Matthieu Ricard était vraiment attendu aux Grandes Conférences. Il a été présenté comme un ami.

Il a commencé par rappeler succinctement son parcours. Il débute par une enfance remplie de rencontres intéressantes dans la maison familiale. Vinrent ensuite ses études scientifiques et son début professionnel comme chercheur. Mais cette vie le laissait insatisfait. Enfin, lors d’un voyage dans l’Himalaya, il fait la rencontre de maîtres bouddhistes, ce qui bouleversa sa vie. Considérant que la sérénité est plus importante que tout, il devint moine bouddhiste.

Son exposé continua par la description de la méditation. Celle-ci est une discipline par laquelle le moine, prenant de la distance avec l’agitation de la vie moderne, retire patiemment tous les idées désordonnées qui l‘encombrent pour retrouver le calme. Ainsi dégagé des toxines superflues, le moine est plus disponible et tourné vers les autres pour les aider. C’est l’altruisme et la compassion qui animent alors sa vie.

Dans une troisième partie, Matthieu Ricard parle de sa collaboration avec des scientifiques en neurologie. Ils cherchent à discerner si la méditation a un effet concret sur le cerveau et sur l’organisme du méditant. Matthieu Ricard espère que le caractère concret des observations permettra de faire comprendre que la méditation n’est pas une fuite de la réalité, mais une manière de s’y conformer et que cela incitera un plus grand nombre à s’y adonner.

En finale, il parle de Karuna, la fondation qu’il a créée. Elle aide les populations démunies, au Tibet et ailleurs, à construire des écoles, des dispensaires, des hôpitaux. Belle illustration de l’altruisme et de la compassion dont font preuve les moines bouddhistes.

 

Le mardi 14 octobre 2008 aux "Grandes Conférences Liégeoises".

Il est utile de rappeler deux livres de Matthieu Ricard. Avec son père il a écrit : “Le moine et le philosophe”.

Avec Trinh Xuan Thuan, que nous entendrons dans la cinquième conférence, il a écrit : “L’infini dans la paume de la main”.